L’enceinte de la vie October 25, 2008
Posted by eternalwriter in Français, ça m'énerve.5 comments
Bon, alors aujourd’hui, je vous annonce que vous allez pas m’aimer: que vous allez peut-être me trouver amère, pas fine, réactionnaire, peu empathique, pour ne pas dire d’un cynisme inconvenu.
Parce que je vais vous parler du fait que dans le quartier où j’habite — et même parmi mes étudiants et étudiantes, tiens –, il n’y a pas une seule femme âgée entre 20 et 30 ans qui ne soit pas… enceinte. Ou alors à la remorque d’une poussette 4×4 dont le véritable conducteur, nous le savons tous, est en réalité la chose baveuse et smelly qui fait dieu sait quoi sous son capot spécial antipluie (lequel a l’air d’une bulle d’astronaute). Sauf moi, bien évidemment, bien que j’aie passé le cap du 30 depuis un bout de temps maintenant.
En fait, il n’y a absolument pas moyen de marcher sur un trottoir sans contourner quatre fois, l’espace d’un pâté de maison, de tels engins ou alors les porteuses de nos futurs chauffards.
Il n’y a pas moyen, non plus, de boire autre chose que du thé dans des réunions sociales, puisque la moitié des convives sont… enceintes.
Il n’y a pas moyen de parler au téléphone sans interruption aux deux minutes, de se prévoir des sorties moins de trois mois à l’avance (et encore), ni d’aller souper quelque part et espérer manger tranquille passé dix-huit heures — parce que c’est l’heure du bain, bien sûr.
De grâce, retenez très fort vos tendances de psychanalyse à deux sous: non, je ne suis pas jalouse. Non, je ne suis pas frustrée, sinon dans mon désir d’avoir une vie sociale qui soit constituée de… autre chose que de la bave, des hochets et des «y’est donc cuuute!». Oui, je me sens seule. Mais ça ne me donne pas envie pour autant.
Pour moi, la vie est une enceinte: elle est close, d’avance, et c’est pas en y injectant de nouvelles créatures — qui voteront sans doute, dans quelques années et à votre corps défendant, pour l’ADQ — qu’on va y changer quelque chose.
Ce qui me dérange c’est que je ne comprends pas. Moi, quand je vois des enfants, je ne fonds pas; des bébés, ça me donne les mêmes envies que mes chats: les flatter et leur donner des bisous sur le coco. Il reste qu’en général, mes chats sentent meilleur et qu’ils se lavent tout seuls, me laissant donc le loisir de souper tranquille.
Je ne comprends pas. Mes parents se font… vieux, disons-le, et reflètent sans doute une tendance lourde: après avoir enfin — oh, il n’y a pas si longtemps! — admis que mon frangin et moi-même n’avions plus besoin de quoi que ce soit, et que — ça, c’est le coup mortel — nous étions désormais assez imperméables à toute tentative de culpabilisation, ils ont reçu un cadeau des dieux: un petit-fils (gracieuseté de mon frangin). Or à quoi passent-ils leur temps libre, d’après vous? Je vous le donne en mille: à se plaindre qu’ils ne voient pas assez mon neveu / à me parler de mon neveu / à garder mon neveu (trop peu souvent à leur goût) / à m’en reparler après qu’ils l’aient gardé.
Mes parents n’ont pas d’amis, parce qu’ils ont eu des enfants jadis.
Je ne leur suis pas reconnaissante de m’avoir donné la vie — mais, puisque je n’ai pas eu le choix, je leur suis reconnaissante de m’avoir bien traitée et de m’avoir aimée.
Je me demande, parfois, si les gens pensent à ça ne serait-ce que deux secondes avant de décider de donner la vie à d’autres humains: à savoir, que ce don n’est peut-être pas, ou en tout cas, ne sera peut-être pas considéré par Nouvel Humain, comme un don aussi précieux qu’on le voudrait?
Décidément, je ne vous comprends pas.
«Jeune femme professionnelle n’aimant pas les conversations téléphoniques avec des enfants de 4 ans cherche amis stériles pour sorties occasionnelles. Buveurs de thé s’abstenir.»
J.
Days of Fall, Falling Days October 16, 2008
Posted by eternalwriter in English, Fall, overflow.3 comments
Well the leaves are red and yellow and orange, here.
The cats are getting sleepy, and firewood is being stored in houses in view of the coming winter.
It will, again, be a whirlwind of a month, and I am quite excited not to know how it will turn out.
Coming this month are a bunch of new things I’ve never tried: participating in a public debate, giving a one-day formative session for professionals, and serving as an evaluator in a conference. Notwithstanding my four courses per week, of course. Woohoo!
I am holding on to this, to all of this: the Fall, the new stuff, the work overload — because, well, I just know it probably cannot get any better in the kind of job I have. I feel blessed. Lucky.
Each red leaf I pick up from the ground is a sleepless night in strange arms. And the dictionaries and phone books and novels that hold them bear witness to this long, long season spent running around after my shadow.
